La vie après la guerre : les restitués

Évoquons sommairement la situation de ceux qui restent.
Il y a les blessés, les gazés, les amputés, les aveugles, ceux que l'on appelle les gueules cassées. Sans compter le traumatisme que peut éprouver un homme qui a vécu quatre années de combat.
Il y a les familles brisées par la perte d'un père, d'un époux ou d'un fils. Avec comme corollaire les bras d'un travailleur qui font défaut au foyer. La maigre pension accordées aux veuves ne suffit pas.
Il y a aussi l'incertitude quand un soldat est déclaré disparu. Est-il prisonnier ? Et si c'est le cas, à quand son retour ? Mais une fois que tout espoir est perdu la famille doit se résoudre à l'évidence. Les parents ne verront plus leur fils, ni les enfants leur père. L'épouse doit attendre un attendu du tribunal pour être déclarée veuve.

Il y a enfin le vide terrible qui laisse l'absence d'une tombe où se recueillir. En effet, lorsqu'une personne décède, les étapes du deuil sont clairement définies. Il y a, tout d'abord, la récupération du corps puis la veillée funèbre puis l'enterrement. Lorsqu'un soldat disparaît au front, aucune de ces trois étapes ne peut être respectée et le traumatisme des proches est bien compréhensible.
Les familles se voient offrir des aides pour se rendre dans l'Est de la France, dans les grands cimetières et nécropoles militaires. Mais c'est insuffisant pour certains qui demandent à l'Etat de récupérer le corps du défunt. Cela était impensable pendant la durée de la guerre, l'ensemble des routes, voies ferrées et moyens de transport étant réservés à l'usage militaire. A partir de 1920, ce devient possible.

La logistique militaire se met en place. Dans la mesure où la tombe du soldat est identifiés, le corps est exhumé, placé dans un cercueil et acheminé vers une gare régulatrice. Il y en a quatre. Brienne le Château, dans l'Aube et Creil, dans l'Oise qui rassemblent les soldats tombés dans la zone des Armées. Sarrebourg regroupe les soldats morts en captivité en Allemagne et Marseille accueille les soldats de l'armée d'Orient et d'Italie.
Arrivés à ces gares régulatrices, les corps sont placés dans de vastes dépôts mortuaires et sont rangés pour un transport par voie ferrée jusqu'à une gare départementale, pour nous Périgueux. De là, le convoi est fractionné vers les communes de destinations.

En Dordogne, environ 1 900 corps sont réclamés, dont 350 pour le Bergeracois.
Presque un siècle plus tard que sont devenues ces tombes ?
Les soldats avaient en âge moyen 30 ans. On peut estimer que les veuves avaient le même âge et le père au moins 20 ans de plus. Ils auraient donc aujourd'hui, pour les plus jeunes, 130 ans. Qui s'occupe des tombes ?
Peut-être des ayants droits continneunt-ils à entretenir la mémoire du soldat ?
Mais si personne ne s'en occupe, une concession même perpétuelle vient à échéance au bout de 99 ans. Ce qui signifie que si cette tombe est déclarée en déshérence, la mairie peut légalement la reprendre. Si elle ignore qui elle contient, les restes du Poilu Mort pour la France finiront à l'ossuaire.